Passer au contenu
Le vivo polynésien face à la flûte de mains : deux façons de souffler sans embouchure classique

Le vivo polynésien face à la flûte de mains : deux façons de souffler sans embouchure classique

Pour jouer tout de suite, sans rien acheter, la hand flute l'emporte ; pour l'objet, la culture et le geste rituel, la flûte nasale polynésienne, le vivo, n'a pas d'équivalent. Les deux se jouent sans embouchure classique : l'une avec le souffle d'une narine dans un tube de bambou, l'autre avec la bouche dans le creux des paumes.

  • Le vivo est un instrument en bambou, percé de trous de jeu, que l'on souffle par une narine.
  • La hand flute n'est pas un objet : les mains forment la caisse, les pouces la fente où passe l'air.
  • Une troisième « flûte nasale », en plastique, se pose sous le nez et se module avec la bouche : c'est un jouet sonore, proche du kazoo.

Qu'est-ce qu'une flûte nasale, au juste ?

Le nom recouvre deux objets très différents. Le premier est un instrument de musique traditionnel du Pacifique : en Polynésie française, on l'appelle vivo, aux îles Marquises on parle de pu ihu, à Hawaï de ʻohe hano ihu. C'est un tube de bambou fermé par un nœud à une extrémité, avec un trou d'insufflation près de cette extrémité et deux à quatre trous de jeu sur la longueur. Le musicien bouche une narine avec le pouce, ou le dos de la main, et dirige l'air de l'autre narine dans le trou du haut. Le son est doux, voilé, à peine plus fort qu'un murmure.

Le second objet porte aussi le nom de flûte nasale, ou nose flute en anglais : une petite pièce en plastique ou en métal qui couvre le nez et l'entrée de la bouche. L'air sort des narines, la cavité buccale règle la hauteur, comme pour siffler. On la trouve en ligne, chez les vendeurs sur Amazon notamment, à côté du kazoo métal, et certains orthophonistes l'emploient de façon ludique avec les enfants pour travailler le contrôle de la respiration. Ce n'est pas le même usage ni la même tradition que le vivo.

Le vivo dans la culture polynésienne

La flûte nasale polynésienne a une longue histoire. Les récits et les collections de musée la décrivent comme l'instrument des chants d'amour, des berceuses et des moments de recueillement : le souffle du nez était tenu pour plus pur que celui de la bouche. À la période missionnaire, au XIXe siècle, sa pratique a fortement reculé dans plusieurs îles ; elle a connu une nouvelle vie à la fin du XXe siècle, portée par des groupes de musiciens et par les festivals culturels comme le Heiva.

Beaucoup de vivo sont pyrogravés : des motifs gravés au fer chaud, souvent géométriques, courent d'une extrémité à l'autre du bambou. Le Musée de Tahiti et des Îles en présente plusieurs, et le Musée des instruments de musique de Bruxelles conserve dans sa collection des flûtes nasales d'Océanie, chacune avec sa fiche de description, son historique et le nom de l'île d'origine. Ces fiches d'info sont la meilleure aide pour qui veut comprendre l'objet avant d'en jouer.

Comment jouer de la flûte nasale polynésienne

La position compte plus que la force du souffle. Le vivo se tient presque horizontal, l'extrémité fermée contre la narine. Le pouce de la main libre ferme l'autre narine ; les doigts des deux mains couvrent les trous de jeu. On expire lentement, bouche fermée : trop d'air et le son se casse, pas assez et rien ne sort. La plupart des joueurs disent que la première note demande plusieurs jours de patience, car l'angle du souffle se règle au millimètre.

Contrairement à la flûte à bec, il n'y a pas de bec qui canalise l'air : c'est la narine qui fait office d'embouchure. La hauteur de la note dépend des trous ouverts et, sur certains modèles, de la force du souffle, qui fait passer à l'octave. Le jeu reste simple, sur quelques notes, et sert surtout à accompagner le chant.

Hand flute et vivo, critère par critère

CritèreVivo (flûte nasale)Hand flute
MatérielBambou percé, souvent pyrogravéAucun : les deux mains
Source du souffleUne narineLa bouche, entre les pouces
VolumeTrès douxDoux à franc, selon la fermeture des paumes
Réglage des notesTrous de jeuOuverture des doigts de la main du dessus
Coût d'entréeUn objet à trouver ou à fabriquerNul
RépertoireChant traditionnel, pièces lentesMélodies populaires, reprises

Le point commun est le geste : dans les deux cas, on apprend à diriger un filet d'air sur une arête plutôt qu'à souffler fort. C'est la même famille que l'ocarina et sa parenté avec la handflute, qui partage cette cavité fermée où l'air résonne.

Lequel choisir selon votre profil

Si vous voulez de la musique ce soir, la hand flute est le bon choix : rien à acheter, rien à entretenir, et les premiers sons arrivent souvent en une ou deux séances. Le guide pour placer les paumes et les pouces détaille la prise de départ, et la page sur le temps qu'il faut pour apprendre donne une idée réaliste de la progression.

Si c'est l'objet, son art et son patrimoine historique qui vous attirent, le vivo vaut l'effort. Il demande un instrument de qualité, réalisé dans un bambou bien sec, et un vrai temps d'adaptation. Le kazoo nasal en plastique, lui, reste un amusement : il ne vous apprendra ni l'un ni l'autre geste, mais il fait rire les enfants et ne coûte presque rien. Pour entendre ce que donne la hand flute quand elle est maîtrisée, les vidéos de Ben the Handwhistler restent la référence, avec un succès qui dépasse largement le cercle des curieux.

Flûte nasale, vivo, hand flute : ce qu'on se demande avant de souffler

Où acheter une flûte nasale ?

Un vivo authentique se trouve auprès d'artisans de Polynésie, sur les marchés de Papeete ou par contact direct avec un facteur d'instruments. Les flûtes nasales en plastique se vendent en ligne, avec frais de livraison selon le vendeur. Vérifiez toujours la description : un même nom désigne les deux objets.

Comment entretenir une flûte nasale en bambou ?

Un nettoyage simple suffit : laisser sécher le tube à l'air après chaque utilisation, l'essuyer avec un chiffon sec et le tenir loin d'une source de chaleur, qui fend le bambou. Un soin à l'huile végétale, de temps en temps, nourrit le bois à l'extérieur.

Est-ce que jouer par le nez est hygiénique ?

L'instrument est personnel : on ne prête pas plus son vivo qu'une brosse à dents. Moucher avant de jouer, essuyer l'extrémité après : c'est la règle d'usage chez les musiciens.

Nos autres articles

Vous aimerez aussi

↑