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Deux mains jointes en coupe, pouces rapprochés, prêtes à souffler

Faire de la flûte avec les mains : réussir la première note

Faire de la flûte avec les mains, ou hand flute, consiste à souffler entre ses deux pouces joints pour faire vibrer l'air enfermé dans le creux des paumes. Le son ne vient ni des lèvres ni de la gorge : les doigts ferment la cavité, les pouces produisent la note et les paumes font caisse de résonance, comme un ocarina.

Ce qu'il faut retenir

  • Le son naît d'un filet d'air coupé par l'arête d'un pouce, jamais d'un sifflement des lèvres.
  • L'étanchéité des paumes compte plus que la force du souffle : un seul doigt mal posé suffit à annuler la note.
  • La hauteur se règle en ouvrant ou en fermant la cavité : un son grave demande un grand volume d'air, un son aigu un petit espace.

Ce qui fabrique le son quand on souffle entre ses pouces

Deux phénomènes se succèdent, et confondre les deux est la première cause d'échec. Le filet d'air qui sort de vos lèvres passe dans l'espace laissé entre vos deux pouces, puis vient buter sur l'arête du pouce le plus éloigné. Cette arête coupe le filet en deux et produit une oscillation très rapide d'un côté à l'autre : c'est ce battement, et lui seul, qui crée le bruit de départ.

Ce bruit serait à peine audible s'il restait libre. Il excite en réalité l'air emprisonné dans le volume clos que forment vos paumes, et ce volume se met à résonner sur une hauteur précise. Les mains ne servent donc pas à diriger un sifflement : elles fabriquent le sifflement d'un côté et l'amplifient de l'autre. Sur une flûte à bec, ce double travail est confié au bec de l'instrument, taillé pour cela ; à mains nues, ce sont vos deux pouces qui tiennent lieu de bec. C'est exactement le principe d'un instrument à cavité fermée, un rapprochement que détaille notre page sur la parenté acoustique entre l'ocarina et la flûte à main.

Une conséquence pratique en découle, et elle surprend tous les débutants : le volume d'air enfermé décide de la note. Plus la cavité est grande, plus le son descend vers le grave. Sur une flûte traversière ou une flûte à bec, c'est la longueur de la colonne d'air qui commande, et l'emplacement du trou ouvert change tout. Ici, rien de tel : ce qui compte est la surface totale d'ouverture, pas l'endroit où elle se trouve. Deux doigts écartés en haut ou un même écart en bas donnent la même hauteur.

Comment jouer de la flûte avec les mains ?
Il faut souffler un filet d'air lent entre les deux pouces joints, de façon que ce filet vienne buter sur l'arête du pouce opposé, pendant que les paumes restent hermétiquement closes derrière. Le battement de l'air sur cette arête produit le son, et la cavité des mains lui donne sa hauteur.

La position des mains, geste par geste

La description qui suit vaut dans les deux sens : rien n'impose de poser la main droite devant et la main gauche derrière, et chacun trouve vite le côté qui lui convient le mieux. Prenez le temps de vérifier chaque étape avant d'essayer de souffler, car un défaut installé au départ ne se rattrape pas ensuite avec plus d'air.

  1. Ouvrez les deux mains à plat, doigts serrés, et posez la paume gauche contre la paume droite comme pour applaudir sans bruit.
  2. Faites glisser une main d'un quart de tour vers vous, jusqu'à croiser les deux paumes en angle droit. Les deux pouces se retrouvent alors côte à côte, alignés vers le haut.
  3. Refermez les doigts de la main du dessus sur le dos de la main du dessous, pour enfermer un volume d'air aussi clos qu'une coquille.
  4. Rapprochez les deux pouces jusqu'à ne laisser entre eux qu'une fente étroite, de l'épaisseur d'une feuille pliée en deux, au milieu de la première phalange.
  5. Vérifiez l'étanchéité avant de souffler : posez la bouche sur la fente et poussez un peu d'air. Si vous entendez un souffle fuir ailleurs, c'est qu'un doigt bâille quelque part.

Le rôle exact de chaque doigt

Les pouces travaillent, les autres doigts se contentent de fermer. C'est un renversement complet des habitudes prises sur un instrument classique, où les doigts commandent la musique en bouchant des trous. Ici l'index, le majeur, l'annulaire et l'auriculaire n'ont qu'une tâche : ne laisser passer aucun air. Ils n'ont aucun trou à boucher et aucune position à mémoriser, et l'index n'est pas plus sollicité que les autres. Ils bougeront plus tard, quand il faudra changer de note, mais tant que la première n'est pas sortie, ils restent immobiles et pressés les uns contre les autres, la dernière phalange bien à plat.

Comment positionner les doigts sur la flûte ?
Sur une flûte à main, les quatre doigts longs ne servent qu'à fermer la cavité et ne bouchent aucun trou ; seuls les pouces forment la fente par laquelle l'air entre. Sur une flûte à bec, c'est l'inverse : les doigts couvrent les trous et le bec se charge de diriger le souffle.

Le souffle : lent, tiède, et dirigé vers l'arête

Presque tous les débutants soufflent trop fort, et beaucoup d'articles trouvés en ligne les y encouragent en présentant la puissance comme la clé. Un filet puissant traverse pourtant la fente sans se laisser couper par l'arête, et vous n'obtenez qu'un bruit de vent. La technique juste ressemble à celle qui consiste à embuer une vitre : de l'air tiède, poussé lentement, avec les lèvres à peine ouvertes. Sur un flacon de verre que l'on fait chanter en soufflant en travers du goulot, la sensation est la même, et c'est un bon exercice préparatoire pour comprendre ce que veut dire diriger l'air sur une arête.

La direction compte autant que la vitesse. Le filet doit viser le bord supérieur de la fente, c'est-à-dire l'arête du pouce le plus loin de vous, et non le fond de la cavité. En pratique, gardez les mains immobiles et essayez de faire pivoter très légèrement la tête vers le haut puis vers le bas, par petits degrés, en soufflant sans interruption. La note apparaît d'un coup, sur un angle très étroit, et c'est cet angle qu'il faut mémoriser. Aucun bec ne rattrapera ici une direction approximative, puisqu'il n'y en a pas.

Les erreurs qui empêchent la première note de sortir

Une fuite entre les doigts

C'est de loin la cause la plus fréquente. Une cavité qui fuit ne résonne pas, quelle que soit la qualité du souffle. Les mains larges et les doigts fins se referment mal, et il faut parfois essayer plusieurs croisements de paumes avant de trouver la prise qui ferme complètement. Les mains froides se plient moins bien : les réchauffer quelques instants change réellement le résultat, et c'est le seul outil dont vous ayez besoin pour ce diagnostic.

Une fente trop large ou trop serrée

Trop large, l'air passe sans jamais rencontrer l'arête. Trop serrée, il ne passe plus du tout et vous vous fatiguez pour rien. L'ouverture utile est étroite mais nette, et elle se règle en faisant coulisser un pouce contre l'autre plutôt qu'en écartant les mains.

Vouloir siffler en même temps

Le réflexe est presque irrésistible : on arrondit les lèvres comme pour siffler, et on entend alors son propre sifflement au lieu de celui des mains. Les lèvres doivent rester détendues, dans la position qu'elles prennent pour prononcer la lettre f. Si vous entendez encore quelque chose en éloignant les mains de la bouche, c'est vous qui sifflez, pas la cavité.

Changer trois choses à la fois

Quand rien ne sort, la tentation est de tout modifier en même temps : l'angle, la pression, l'écartement. On perd alors le repère du réglage précédent. Fixez la position des mains, ne touchez qu'à l'inclinaison de la tête, puis, seulement une fois la note trouvée, essayez de revenir au reste.

Monter et descendre : le volume plutôt que le doigté

Une fois la note obtenue, la suite consiste à en obtenir d'autres, et le geste n'a rien de commun avec celui d'une flûte ordinaire. Pour descendre, agrandissez la cavité : desserrez très légèrement la main du dessus, ou éloignez la base des paumes. Pour monter, refermez et laissez sortir un peu d'air par une petite ouverture au niveau de l'auriculaire, ce qui réduit le volume utile. La manoeuvre est simple à décrire et long à rendre fiable.

Le passage d'une note à l'autre se fait donc par déformation continue, comme sur un instrument sans frettes. C'est ce qui rend la justesse difficile et la pratique exigeante, mais aussi ce qui autorise les glissés que l'on entend chez les meilleurs interprètes. Deux octaves et demie sont atteignables, et Ben the Handwhistler, qui pratique depuis 1965, le montre sur presque toutes ses vidéos. Monter dans l'aigu suppose un double réglage, celui du volume de la cavité et celui de l'angle du souffle, et c'est ce doublement des paramètres qui rend le haut du registre si long à stabiliser.

Un dernier repère, contre-intuitif mais utile : sur ce type de cavité, la surface d'ouverture totale décide de la hauteur, sans que l'ordre des ouvertures ait d'importance. Il n'existe donc pas de doigté à apprendre par cœur, et aucune tablature ne peut être écrite. Chacun construit sa propre carte de positions, et c'est pourquoi deux musiciens à mains nues n'ont jamais exactement le même geste pour une note donnée.

Il faut en tirer une conséquence désagréable : on ne peut pas accorder ses mains comme on accorde une guitare. La justesse ne se règle qu'à l'oreille, au moment de jouer, et elle bouge avec la fatigue, la température et l'humidité de la peau. C'est la principale raison pour laquelle très peu de musiciens sont capables de tenir une mélodie entière de cette manière, et pourquoi le jeu à mains nues reste rare sur scène.

Flûte à main, sifflement à deux doigts et ocarina de mains

Trois techniques circulent sous des noms voisins et se confondent facilement, alors qu'elles ne font vibrer ni la même chose ni de la même façon. Les distinguer évite de s'entraîner pendant des semaines sur un geste qui ne mène pas au résultat cherché.

En France, aucun nom ne s'est d'ailleurs imposé pour la première : on lit flûte à main, handflute, flûte de paumes ou sifflement des mains selon les sources, et les articles publiés sur le sujet emploient volontiers l'un pour l'autre. Cette instabilité du vocabulaire explique une bonne part de la confusion, et la question se pose dès que l'on cherche des ressources sur le sujet.

TechniqueCe qui vibreCe que l'on entend
Flûte à mainL'air enfermé dans les paumesUne note ronde et douce, proche de l'ocarina
Sifflement à deux doigtsL'air sur les lèvres et la langue, les doigts ne servant que de guideUn sifflement perçant, très puissant, sans mélodie fine
Ocarina de mainsL'air de la cavité, comme la flûte à mainLe même timbre : c'est un autre nom du même geste
Comment siffler avec les mains ?
Siffler avec les mains désigne deux gestes très différents. Dans le sifflement à deux doigts, ce sont les lèvres qui produisent le son et les doigts qui les maintiennent en place. Dans la flûte à main, les lèvres restent passives et c'est l'air enfermé entre les paumes qui chante.
Comment faire un ocarina avec les mains ?
L'expression désigne la même pratique que la flûte à main : on joint les paumes pour créer une cavité close et on souffle entre les pouces. Le nom vient de la ressemblance du timbre avec celui d'un ocarina, qui repose lui aussi sur la résonance d'un volume d'air fermé.
Comment fabriquer une flûte avec les mains ?
Il n'y a rien à fabriquer ni à ajouter : aucun élastique, aucun brin d'herbe, aucune feuille de papier n'intervient. L'instrument est constitué des deux mains elles-mêmes, et le seul matériel nécessaire est le temps passé à chercher le bon angle.

Ce que la flûte à bec explique de la flûte à main

La comparaison avec la flûte à bec est la meilleure qui soit, parce que presque tous les écoliers de France en ont tenu une, le plus souvent un modèle moderne en plastique. Sur une flûte à bec, le musicien pose les lèvres sur le bec, souffle dedans, et une note sort du premier coup. Aucun apprentissage n'est nécessaire pour cela, et c'est précisément ce qui rend la flûte à main déroutante.

La raison tient à ce que contient le bec. À l'intérieur, un canal étroit, appelé conduit, dirige l'air en une lame parfaitement plate vers une arête taillée dans le corps de l'instrument, le biseau. Le bec fait donc gratuitement les deux gestes les plus difficiles : mettre le filet d'air en forme et le placer exactement sur l'arête. Le facteur d'instruments les a réglés une fois pour toutes en taillant le bloc de bois ou de plastique, qu'il s'agisse d'une copie baroque ou d'un instrument moderne d'étude.

À mains nues, ce bec n'existe pas, et c'est vous qui devez le remplacer. La fente entre vos pouces joue le rôle du conduit, l'arête du pouce éloigné joue celui du biseau, et l'inclinaison de la tête remplace le réglage figé du facteur. Voilà pourquoi la première note demande plusieurs séances alors qu'une flûte à bec sonne immédiatement : la difficulté n'est pas dans le souffle, elle est dans la fabrication d'un bec avec deux doigts.

La suite se renverse. Sur la flûte à bec, chaque note correspond à un doigté fixe qu'il faut mémoriser, au point qu'il existe deux systèmes concurrents, le doigté baroque et le doigté allemand, qui ne se bouchent pas de la même manière. Un trou mal bouché fait aussitôt couiner l'instrument. Sur la flûte à main, il n'y a pas de doigté du tout, mais la justesse repose entièrement sur l'oreille du joueur. L'instrument à bec est facile à faire sonner et long à jouer juste ; les mains sont longues à faire sonner et se règlent ensuite à l'oreille, note par note.

Une flûte à bec d'étude moderne et une flûte à bec baroque de facteur ne se jouent pas non plus de la même façon, et la différence tient presque entièrement au bec : plus le conduit est régulier, moins le musicien a de travail à fournir sur son souffle. La flûte à main est en quelque sorte le cas limite de cette échelle, celui où le bec vaut exactement ce que valent vos pouces ce jour-là. Un joueur expérimenté retrouve sa fente en quelques secondes ; un débutant la reconstruit à chaque essai.

Comment tenir une flûte à bec ?
La flûte à bec se tient main gauche en haut, les trois premiers doigts sur les trous supérieurs et le pouce gauche derrière, main droite en bas sur les trous restants. Les doigts bouchent les trous avec le milieu de la pulpe et non avec le bout, et le bec se pose sur la lèvre inférieure sans être mordu.

Combien de temps avant d'entendre sa première note

Aucune durée ne peut être promise, parce que le résultat dépend de la morphologie des mains autant que de la persévérance. Ce qui se constate en revanche, c'est la forme de la progression : rien pendant plusieurs séances, puis une note qui apparaît par surprise, souvent en dehors de tout effort particulier, et enfin une longue période à retrouver volontairement ce que l'on a obtenu par hasard.

Le meilleur usage des premières séances est donc de multiplier les essais courts plutôt que de s'acharner. Dix minutes par jour valent mieux qu'une heure hebdomadaire, parce que la technique s'installe dans la mémoire des mains et non dans la compréhension. Il faut aussi accepter de tourner en rond quelque temps : la sensation juste ne ressemble à aucune autre et ne peut pas être décrite plus précisément que par l'idée d'un souffle qui se coupe en deux. Personne, en France ou ailleurs, n'enseigne cela dans un cours de musique : les deux interprètes les plus connus, un Américain et un Japonais, ont tous deux appris seuls.

La meilleure façon d'entendre où mène ce travail reste d'écouter ceux qui le pratiquent : les vidéos rassemblées ici viennent des deux seuls interprètes de hand flute connus dans le monde entier. Quand la note vient, le travail de musique commence vraiment. Il consiste à tenir la note longtemps, puis à en obtenir une deuxième, puis à passer de l'une à l'autre sans reprendre son souffle, jusqu'à pouvoir jouer une phrase entière de musique sans rompre la position. Le duo japonais Childhood, qui associe la flûte à main au piano, montre où mène ce chemin lorsqu'il est poursuivi pendant des années, et le reste du site rassemble d'autres exemples de musique jouée à mains nues.

Comment apprendre à jouer de la flûte avec ses mains ?
La progression tient en trois étapes : obtenir un premier son, même bref et instable, puis apprendre à le retrouver à volonté, puis seulement chercher les autres notes en modifiant le volume de la cavité. Chercher une mélodie avant d'avoir stabilisé la première note fait perdre du temps.

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